Citation : Bernard Olivier

Sep 29, 2020 // By:Philippe // No Comment

C’est alors que j’aperçois, marchant en sens inverse, un petit homme étonnant. A ma vue, il éclate de rire, ce que je fais moi aussi en l’approchant. C’est un moine tibétain qui pérégrine vers le monastère de Labrang à Xiahe, avant de se rendre à Lhassa. Nous avons un air de famille : le crâne rasé, une barbe de trois jours qui grisonne, le visage et les mains cuits et recuits par le soleil et par la pluie. (…) Nous sommes instantanément en empathie. (…) L’attirance amicale réciproque se moque des mots. Nous nous comprenons par signes et par rires. (…) Il arrive de Xi’an et a parcouru plus de mille deux cents kilomètres. Je m’étonne de la minceur de son bagage, il se moque de mon matériel… (…) L’Orient face à l’Occident… J’ai encore fort à faire pour atteindre au dénuement. Son sac que je soupèse ne doit pas peser plus de cinq kilos. Cet homme est détaché de tout superflu. Ce qui ne l’empêche pas de garder un aspect d’une propreté exemplaire quand moi j’ai l’air d’un miséreux. (…) L’Occidental possède et donc salit. Voilà ce sur quoi il va me falloir méditer.

[Bernard Olivier, Longue marche, III. Le Vent des steppes (Phébus libretto)]

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